jeudi 13 février 2014

Combien gagne un auteur débutant (la question qui tue) ?




Aujourd'hui, j'ai envie de vous parler de ma vision de l'argent dans le monde de l'écriture.

Allez, comme nous sommes entre initiés, je vous le révèle : en presque trois semaines d'exploitation, depuis que je me vends en auto-édition sur amazon et lulu, j'ai gagné de quoi m'offrir une bière ou deux au troquet du coin !

J'en vois au fond qui haussent le sourcil, et pourtant ! Je peux vous affirmer qu'un tel "départ" est honorable, sans le soutien d'une quelconque maison d'édition. 5 euros de gains net, cela représente une vingtaine de nouvelles vendues, à peu près une par jour. Je vends mes nouvelles au tarif de 0.99€ l'une. Elles me rapportent à peu près 25 centimes selon le site.

Ne riez pas, je vous assure, c'est un début plus que correct ! Beaucoup de livres auto-édités ne trouvent guère plus de cinq ou six acheteurs, après quoi l'auteur débutant, dépité et découragé, souvent lâche l'affaire et change de vocation.

Si vous tapez "gagner sa vie en tant qu'auteur" ou "combien gagne un auteur" dans n'importe quel moteur de recherche, vous tomberez sur une quantité effarante d'articles et de blogs écrits par des écrivains désenchantés dont le ton varie du morose à l'aigre. Les chiffres annoncés seront souvent dérisoires et oscillent entre quelques dizaines et quelques milliers d'euros par an.


Article très facultatif dans la vie d'un écrivain lambda.


Certains auteurs quelque peu opportunistes profitent de ce climat pour sortir des méthodes d'écriture, des méthodes de marketing, des méthodes pour trouver un éditeur... Je n'ai pas osé vérifier, mais un obscur crétin aura probablement déjà écrit et vendu une "méthode pour écrire un best-seller" ou bien une "méthode pour écrire une méthode". On a des méthodes pour tout. Vous voulez vendre ? Écrivez une méthode. Ce monde grouille de gogos et d'aspirants écrivains prêts à vous faire confiance pour peu que vous ayez déjà un peu de respectabilité dans le milieu et pas trop de scrupules.

Exemple de placement de livre opportuniste.


La vérité, c'est qu'on ne peut jamais espérer vivre de ses écrits. Vendre un ouvrage est une aventure passionnante, un boulot éreintant si on s'y met sérieusement, mais c'est avant tout un acte de foi aveugle.

Je suis notamment tombé sur certains articles de blogs dont les auteurs, cartésiens jusqu'au bout des ongles, faisaient un parallèle entre le nombre d'heures passés sur un bouquin et le revenu effectif. Sauf que ça n'a rien à voir. L'écriture ne comprend pas le Smic, elle se moque des factures. L'écriture capitaliste, cela n'existe pas. On ne peut pas "écrire pour vendre". Il vaut mieux le comprendre très tôt, avant même de se mettre en vente. L'argent viendra ou ne viendra pas, et vos rentrées d'argent ne seront jamais indexées sur vos talents réels ou supposés d'écrivain. Votre notoriété, votre image, votre carrière et la mode du moment vous rapporteront bien plus que vos écrits eux-mêmes.
On peut aussi, bien sur, être connu pour de mauvaises raisons, écrire un livre pour de mauvaises raisons, et faire un bide...


Il est normal d'espérer amasser des fortunes en écrivant de belles choses. Je ne crois pas une seule seconde la personne qui me dit : "moi je ne vends pas mes livres pour l'argent". Je la crois d'autant moins si ses livres sont des premiers jets à peine relus et bourrés de fautes d'orthographe. Si vous vendez, si vous entrez dans ce système, vous pensez tout de même un peu à votre compte en banque. C'est humain, et même sain, cela montre que vous ne vous êtes pas totalement déconnecté de la réalité ; mais cela ouvre la voie à pas mal de désillusions. Là encore, il vaut mieux le savoir.

Je suis un écrivain autodidacte. Tout ce que je sais sur le milieu, sur les méthodes de travail, et sur mes propres processus créatifs, je l'ai appris par moi-même. J'ai suivi des cours de français jusqu'en seconde. Tout le reste, je l'ai appris durant l'âge adulte, et au cours des six dernières années, je n'ai pas cessé de me renseigner sur l'édition et sur ceux dont l'écriture était un mode de vie, bien plus qu'une passion.

Je suis fier de cela. Un peu trop, parfois. Ainsi, si je tiens à une certaine tournure de phrase, je la défendrai mordicus, demandez à mes bêta-lecteurs... Dans la vie, je ne suis pas un perfectionniste, je me considère même comme laxiste par instants. Dans l'écriture, je ne suis pas nécessairement très dur avec moi-même tant que je ne vends pas le texte, mais je sais précisément ce que je veux obtenir, et parfois même, comment l'obtenir. La raison en est simple : je veux écrire des choses que j'aimerais lire.

Quand je compose un poème où un texte pour mes pages internet, j'écris sur un mode "normal". Je ne néglige pas mes textes, non... Mais une ou deux répétitions de-ci de-là, ce n'est pas trop grave. Un accent manquant ? La belle affaire. Et vas-y que j'édite le post...


video

Quand je décide de vendre un texte, alors tout change. Mon but devient de l'améliorer au maximum, d'offrir au lecteur qui se fendra d'un euro l'oeuvre la plus aboutie possible. Le résultat ne sera jamais parfait, mais en tout cas meilleur que mes jets gratuits disponibles sur le net. C'est pour moi une question d’honnêteté, j'y tiens énormément. C'est cette fierté d'écrivain dont je vous parlais qui est en jeu. Pas celle que les critiques égratignent et que les jaloux visent, mais celle qui définit mon rapport à l'écriture. Celle qui fait que pour moi, tout passe toujours par les mots.

Bilan : une nouvelle écrite en 5 heures, corrigée en 10, est complètement revue, réécrite et passée sous divers outils de finition. On arrive à 15/20 heures de travail supplémentaire et 2 3 pétages de câble sans trop forcer, quand je m'aperçois que j'ai ENCORE commis cette faute idiote. Ajoutez la création d'une couverture, la mise en page d'un E book pour amazon et Lulu. com, la communication constante sur mes pages, le démarchage des blogs littéraires, vous comprendrez qu'il faudrait être complètement fêlé pour vendre la moindre nouvelle à moins de 16 euros, si je me mettais à "écrire pour vendre".

J'avoue d'ailleurs qu'avec le recul, je trouve que la novella envoyée à mon éditeur il y a quatre mois et acceptée par lui en un éclair, sur un authentique coup de coeur, n'était pas encore assez aboutie. Comme je n'avais pas encore mis mes oeuvres en vente, je ne connaissais que la théorie. Maintenant je peux affirmer que produire un Ebook correct, c'est un vrai boulot. Comme dirait Jesus "avant je croyais, maintenant je suis fixé". Mais je fais confiance à Lilian pour parer à mes "erreurs de jeunesse". Pardon patron, mais merci vraiment de m'avoir donné ma chance ! Mon prochain manuscrit sera un peu plus abouti, promis.


Non, ce que j'ai envoyé n'avait rien d'un premier jet, je l'avais poli pendant de longues heures déjà. Seulement, depuis que je me suis décidé à m'auto-éditer en parallèle de ma parution sous l'égide d'un éditeur, j'ai investi dans certains outils, comme antidote par exemple, qui lorsqu'il ne plante pas me permet de parfaire mon ouvrage, et je peux du coup apporter une meilleure finition à mes textes.

Alors oui, je vends mes nouvelles à 0.99€, et après 3 semaines de travail acharné, je le répète : j'ai gagné 4 euros et j'en suis heureux.

Ce n'est pas tant la somme qui me remplit de joie, même si avec ça je peux me payer deux litres de 8.6 et dormir une quinzaine d'heures. Ce sont les à-côtés, les petits faits qui me prouvent que j'avais raison de me battre, de défendre mes idées, de peaufiner mes écrits pendants des heures, et de patienter six années avant de songer à me vendre.

Je sais déjà que ma prochaine nouvelle auto-éditée à paraître sera achetée. Des blogs littéraires commencent à s'intéresser à mon cas. Les critiques sur mes nouvelles sont généralement bonnes, mes lecteurs enthousiastes. J'ai même eu droit à une interview !

Dans mon cercle d'amis et de proches, bien peu ont acheté mes oeuvres, mais je m'y attendais. Ils représentent au mieux 50% de cette vingtaine de ventes. En toute honnêteté, j'aime autant. je ne leur demande pas de m'exprimer leur affection en remplissant mon compte en banque, même si cela me touche qu'ils m'offrent leur soutien.

Mais surtout, en trois semaines, je n'ai lu ou entendu nul part, même si cela arrivera sans doute (il y a des crétins partout) :

"C'est pas mal pour un amateur".
"Pourrait mieux faire".
"Sympa".

Non, par contre, voilà des choses que j'ai lues à propos de mes textes et qui me font gonfler le coeur de joie et de fierté, cette fierté d'écrivain qui a su se rapprocher de ce qu'il voulait lire et offrir à ses lecteurs. Ou par exemple :

"Nul bâclage dans cette nouvelle"
"Un beau texte, vraiment très beau"
"La variété des thèmes traités est impressionnante"


Le vrai salaire, il est là. Des personnes qui ne vous doivent rien, qui ont parfois payé pour vous lire, mais qui ont passé un vrai bon moment en compagnie de vos mots. La reconnaissance de votre travail, de votre artisanat, elle est là, et même si je continue à espérer des rentrées d'argent un peu plus conséquentes dans un futur pas trop lointain (et on en reparlera), c'est ça qui me donne envie de continuer. Ces lecteurs-là me sont acquis, ils me suivront tant que je serai dans cette démarche honnête de me donner à fond dans mes écrits pour eux.

Alors 30 heures de travail sur une nouvelle de quelques milliers de mots, ce n'est pas si cher payé, tout compte fait.

Comme je vous le disais, vendre ses écrits est un acte de foi. J'ai désormais la preuve que quelques lecteurs croient en moi, tout comme je crois au pouvoir des mots.

Amen.
   

 PS : Il y a deux ans, une amie m'a offert une "méthode pour écrire et vendre un roman". Je ne pense pas en avoir lu une seule ligne. Vous comprendrez pourquoi. Pardon Sylvie.